La chronologie de la création de la collection #1 d'Isaia Paris, de nos débuts à aujourd'hui


Pour celles et ceux qui nous suivent quotidiennement sur Instagram, vous savez que notre aventure entrepreneuriale n’est pas ce qu’on pourrait appeler un long fleuve tranquille. 

Entre ratés, changement de modéliste et d’atelier, modifications du tableau à l’infini, explications et re-explications de notre cahier des charges, tests et re-tests, neige et essayages dans un hôtel en Vendée … on vous raconte tout ici : de la création de notre collection #1 depuis l’idée, jusqu’à aujourd’hui.

Et dire qu’avec Lily on pensait pouvoir sortir notre première collection en Novembre 2020… la bonne blague ! Pour tout vous dire, on a complètement sous-estimé le temps que tout cela nous prendrait. Alors pourquoi s’en rendre compte seulement maintenant me direz-vous ? Et bien tout simplement parce qu’on a eu la confirmation que notre concept fonctionne vraiment bien. 

Hmmm ok, c’est pas très clair. Mais promis vous allez tout comprendre. 

Pas besoin de vous repréciser notre concept hein, je ne vais pas vous faire cette offense ! Les vêtements fabriqués en France en 3 morphologies différentes du 32 au 54 et en précommandes, vous voyez le délire. 

Alors voilà grossièrement la chronologie des évènements depuis juin 2020 à aujourd’hui.  Il s’en est passé des choses depuis 10 mois chez Isaia, et aujourd’hui on touche du bout des doigts le shooting photo qui vous permettra de visualiser les produits qui seront disponibles en précommandes quelques jours plus tard sur notre site internet (croisez avec nous tout ce qui peut l’être svp).

Mais faisons un rapide retour en arrière.


Étape n°1 : 

Tout a donc commencé en juin 2020, avec la recherche d’une styliste / modéliste en freelance pour réaliser la collection #1.

Après en avoir rencontré plusieurs, ce qui nous a séduit chez C., c’est son approche via le modélisme en 3D, qui avait (selon elle) parfaitement sa place au cœur de notre projet, puisqu’il offrait la possibilité de visualiser les vêtements sur n’importe quelle silhouette, en quelques instants.

L’idéal pour nous ! Mais on reviendra sur ce point un peu plus tard. 


Étape n°2 : 

Dans la foulée, en juillet 2020, nous avons réalisé le moodboard de la collection #1 : un tableau de toutes les idées, inspirations, couleurs, formes préférées que l’on a transmis à C., qui nous a fait quelques propositions de tenues avant que l’on valide la bonne.

Elle a ensuite procédé au stylisme de la tenue en dessinant des croquis, illustrations et fiches techniques des produits en question (veste / pantalon / chemisier).

Jusqu’ici, tout allait plutôt bien et les délais étaient tenus. 


Étape n°3 : 

On est ensuite allées en septembre 2020 avec C., dans un déstockage pour élire les chutes de tissus de nos cœurs, qui serviront à la première collection en quantités (très) limitées.

A vrai dire, notre venue n’était pas assez préparée et on s’est un peu laissées submerger, dans le feu de l’action, par tous ces tissus sublimes et peu chers, car destinés à la poubelle. On a fait de rapides calculs sur le tas, pour savoir combien de mètres de tissu acheter, pour produire combien de vêtements, basés sur les estimations de C.

Et bien évidemment à ce moment-là, on ne savait pas qu’il allait falloir aussi beaucoup de tissu pour tous nos prototypes et tests, alors imprévisibles. 


Étape n°4 : 

Mais c’est réellement au moment de commencer le modélisme*, en octobre 2020 (oui vous avez bien lu, OCTOBRE, soit il y a 6 mois !) que l’histoire s’est gâtée.  

Déjà, il y avait le sujet des tailles : proposer des vêtements du 32 au 54, c’est pas franchement habituel dans le prêt à porter, surtout qu’on apprend pas aux modélistes à l’école à travailler sur autre chose qu’un 38. 

Puis le sujet des différentes morphologies : A, X, H, qui a le plus de volume ?  où ? comment ça évolue ? qu’est-ce qu’il faut prendre en compte ?

Le tout condensé dans un tableau de mesures Made in Isaia … ça donne un dialogue de sourds entre C. la modéliste et nous, sans expérience dans la mode. Alors entre nos idées, nos exigences, et la complexité du projet, vous n’imaginez pas le joyeux bordel pendant plusieurs mois. 

C. a donc réalisé les premiers patrons* de base de chacun de nos vêtements, et puisque l’on voulait bousculer les codes du prêt à porter, on lui a demandé de les réaliser d’après les mesures d’une copine plutôt petite, avec une taille toute fine et des hanches plus larges. 

Je dirais que trois choses ont été déterminantes pour la suite : 

  1. D’après ce patron de base, on a sorti un premier prototype* du chemisier dans un premier atelier et là… c’était du grand n’importe quoi, aucune proportion n’était respectée, c'était juste importable.
  2. En visitant l’atelier où sont produits la veste et le pantalon, nous avons montré les patrons aux modélistes, qui nous ont fait remarquer qu’elles allaient devoir tout reprendre depuis le début car aucun d’entre eux n’étaient exploitables. 
  3. A l’unanimité, le modélisme en 3D n’était pas fiable, il nous fallait donc faire sans pour la suite. 

Après avoir perdu un temps considérable (et donc de l’argent vous vous en doutez bien), on a donc pris la décision de déléguer la partie modélisme aux deux ateliers, C. s’exilant en parallèle en Amérique du Sud pour une durée indéterminée (pas à cause de nous c’est promis !). 

Mais ce revirement de situation ne marquait pas la fin de la galère, bien au contraire ! 

Parce que les ateliers, même s' ils comprennent la démarche, ne sont pas habitués à travailler de cette manière, à faire des tests sur un 44A en chair et en os (coucou c’est moi !), à grader* jusqu’au 54, à créer trois patrons différents en trois morphologies différentes. 


Étape n°5 : 

Nous avons donc rapidement compris que pour que ça avance, il fallait leur prouver les choses. 

En faisant des tests, en leur montrant que ce qu’on avait en tête était réalisable. 

Alors on a repris les choses en mains, et on a établi nous-mêmes le tableau de mesures* qui servirait à la réalisation des tests. Plus d’une soixantaine de femmes ont bien voulu nous transmettre leurs mesures de poitrine / taille / hanches, et au fur et à mesure des semaines, après 26 versions différentes, notre tableau s’est affiné jusqu'à qu'on décide de le tester en créant une première toile*, sur moi en 44A. 

ET ELLE M’ALLAIT ! Incroyable, ça validait notre tableau ! 

Bon après, beaucoup de modifications de bien aller, de style, mais elle m’allait ! L’espoir repartait de plus belle et la joie d’avoir créé quelque chose de nouveau nous submergeait. 


Étape n°6 : 

Le tableau de mesures validé et les modifications faites sur les toiles, il fallait passer aux choses sérieuses, aux prototypes* dans le tissu final. Le saint graal, ceux qui serviraient au shooting photo, ceux qu’on pourrait enfin vous montrer, ceux dans lesquels vous pourrez enfin vous projeter. 

Je me souviens avoir posé la question à une modéliste d’un des ateliers : 

“Le passage de la toile au prototype, c’est fiable ou il y a encore des modifs, des surprises ?” 

“C’est assez fiable” me répondit-elle. 

Je vois d’ici vos sourires, et oui vous avez compris. 

Nous en sommes donc, en mars 2021, au 3ème prototype de la veste, au 2ème du pantalon, et au 2ème du chemisier.  Because it’s not very fiable, de toute évidence. 

Faut dire qu’en essayant dans le tissu on se rend compte de plein de choses, et aussi et surtout, on est plutôt exigeantes (non pas chiantes !) sur le bien aller. 

 La super bonne nouvelle c’est qu’avec tout ça, on a énormément appris, on a un tableau de mesures du 32 au 54 en trois morphologies fiable, et on connait désormais les points de vigilance, les erreurs à ne plus commettre (bien qu’on a encore surement plein de surprises en attente !).

Et puis, il ne faut pas oublier que tout ça, c’est pour pouvoir vous proposer une réelle alternative au prêt à porter traditionnel alors si ça avait été trop facile, ça aurait été bizarre. La suite au prochain épisode … sur @isaia_paris ! 


Sarah


Lexique des mots techniques* 

Modélisme : travail qui consiste à transposer un dessin de stylisme en patron

Patron : représentation à plat des éléments constitutifs d’un vêtement sur papier ou carton

Toile : premier essayage sur un tissu en toile grâce au patron. L'objectif est de pouvoir apporter les modifications nécessaires pour s'assurer du bien aller

Prototype : après la toile finalisée, le prototype est réalisé dans le tissu final.

Tableau de mesures : guide des évolutions corporelles féminines du 32 au 54 (mesures en cm de poitrine / taille / hanches) en différentes morphologies (A, X, H) 

Gradation : modifications apportées à un patron de « taille moyenne » pour obtenir des tailles plus petites et plus grandes


2 comments


  • Carine

    merci de ces informations et explications qui éclairent tout
    j’ai hâte …


  • Salomé

    Merci pour ce partage d’expérience ultra intéressant et bravo pour tout votre travail effectué !!


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